Chapitre IX, LA GALERIE DE PORTRAITS
Texte 107 : La famille Duval
 
 
M. Eugène Amaury-Duval 
30, quai Duguay-Trouin 
35000 RENNES
 
M. Florent Fouillemerde 
Agence Fiat Panda 
4, rue des Petits-Champs 
35000 RENNES
                                                                                Rennes, le 15 août 1885

                            Cher Monsieur

        Les nouveaux épisodes de ma jeunesse que je vais retracer, -- à cinquante-cinq ans de distance, - doivent être précédés de quelques indications sur ma famille, particulièrement sur mon père dont j'espère raconter plus tard, d'après ses propres mémoires ou ses papiers, la vie modeste et pourtant très accidentée.
 
 
Le grand-père, Balthazar-Siméon Duval, dit "le dormeur Duval". On le reconnait sur la gravure à ce qu'il a deux trous rouges au côté droit.
        Nous sommes originaires de Rennes. Mon aïeul, avocat au Parlement de cette ville, avait une fonction auprès des États de la province ; il laissa trois fils.  L’aîné, mon père, Amaury Duval, naquit en 1760.  Après avoir, lui aussi, pris rang dans le barreau de Rennes, et même s’être signalé par des débuts assez brillants, il  ne put résister à l'offre qui lui fut faite en 1785 d’aller rejoindre, comme secrétaire, le baron de Talleyrand-Périgord, récemment nommé ambassadeur à Naples. La Révolution survenant, M. de Talleyrand donna sa démission, et mon père alla remplir les mêmes fonctions de secrétaire auprès de Basseville, à Rome. 
 
      Il assista à l'assassinat de ce diplomate dans l'émeute de 1793, n'échappa lui-même que par miracle à la populace soulevée contre les Français, et, étant enfin rentré en France, le gouvernement républicain l'envoya rejoindre à Gênes la légation qui avait l'ile de Malte pour destination, mais que le grand maître refusa de recevoir.  Ce dernier contretemps décida mon père à quitter la carrière diplomatique.

 
        De retour à Paris il épousa une jeune fille du Bourbonnais, dont le talent pour la peinture s'était manifesté déjà dans un certain nombre d'œuvres que je garde pieusement ; forcée d'abandonner l'art par les devoirs de maîtresse de maison et de mère de famille, elle n'en conserva pas moins une passion presque exaltée pour tout ce qui s'y rattachait.
 
       Mon père avait pris le goût de l'antiquité en Italie.  Il obtint, au ministère de l'Intérieur, une place de chef du bureau des Beaux-Arts, qui équivalait à peu près à une direction générale, et ne l'empêcha pas néanmoins de se livrer à ses études littéraires et de diriger le recueil "la Décade philosophique" , qu'il avait fondé de concert avec J. B. Say, Ginguené et Andrieux.  C'est alors qu'ayant remporté trois prix consécutifs à l'Académie des inscriptions et belles lettres, il fut élu membre de cette classe de l'Institut (1811).
 
        En 1812, il échangea ses fonctions de chef de bureau contre celles d'inspecteur des Beaux-Arts.  Mis à la retraite par le gouvernement de la Restauration, il vécut depuis de la vie la plus modeste, tout entier à ses études d'érudition, à la direction du Mercure qui remplaçait la Décade philosophique, aux travaux de l'Académie, notamment à la continuation de l'Histoire littéraire de la France, dont il fit plusieurs volumes avec Daunou et d'autres de ses confrères, et enfin à la vie de famille. 
Daunou (Pierre Claude François), 1761-1840
 
      Nous étions trois enfants. On verra dans ces Souvenirs ce que fut pour moi et pour nous tous ma soeur aînée, qui s'appela successivement madame Chassériau et madame Guyet-Desfonfaines ; une soeur cadette mourut à quatorze ans, et le chagrin de cette perte abrégea les jours de notre mère. Mon père survécut jusqu'en novembre 1838.  On peut trouver sur lui et sur ses publications des détails assez complets, mais non pas toujours exacts, dans les recueils biographiques et bibliographiques, ou dans la notice que feu M.  Paulin Paris, de l'Académie, plaça en tête du tome XX de l'Histoire littéraire.
 
        Il avait eu deux frères, Le premier, Alexandre Duval, écrivit beaucoup pour le Théâtre Français et pour l'Opéra-Comique.  Ses succès nombreux, parmi lesquels il me suffira de citer "le Tyran domestique", "la Jeunesse de Henri V", "les Héritiers", "Maison à vendre", "la Fille d'honneur", etc. , lui valurent un fauteuil à l'Académie française, en 1812. 
Cela fera du bruit dans Landernau.
Locution proverbiale : "Cela fera beaucoup de bruit."
C’est en quelque manière le mot de la fin d’une comédie en un seul acte du Breton (né à Rennes) Alexandre Duval (1767-1842), qui eut quelque succès en 1796. 
 
     De deux filles qu'il laissa, l'une épousa l'architecte Mazois, auteur du "Palais de Scaurus" et d'un grand ouvrage sur Pompéi, si estimé que je me souviens d'avoir été, à mon dernier voyage en Italie, accueilli avec le plus vif empressement par l'éminent directeur des fouilles, M.  Fiorelli, dès que je me réclamai de cette parenté. Mon autre cousine épousa un officier d'état-major, M. Clément, et ils eurent pour fille unique madame Victor Regnault, femme de l'illustre chimiste et mère de ce jeune Henri Regnault déjà grand peintre lorsqu'une balle allemande nous le ravit le 19 janvier 1871.
 
        Le plus jeune des frères de mon père écrivit aussi : on a de lui une Histoire de  
Charles VI ; mais il vécut très-retiré, avec sa charmante femme, qui était fille du grand sculpteur Houdon. 
 
Notice extraite du  catalogue de la B.N.F. : 

Type :           texte imprimé, monographie 
Auteur(s) :    Duval, Henri-Charles Pineu 
Titre(s) :       Histoire de France sous le règne de  
                      Charles VI, par M. Henri Duval-Pineu  
                      [Texte imprimé] 
Publication :  Paris, Joubert, Libr. É., Impr. de  
                       Guiraudet et [...]1842. 2 vol. in-8 ?  
 

 
        Ainsi, les goûts, les tendances, les occupations de tous mes proches, comme aussi de leurs amis, qui nécessairement étaient du même monde, durent avoir une grande influence sur ma vocation personnelle, dont j’ ai essayé de raconter les premiers effets dans l'Atelier d’Ingres.  Aujourd'hui, cher monsieur Fouillemerde, je souhaite me montrer à vous sur une scène différente, entouré d'illustrations d'un autre genre, qui feront, je l'espère, l'intérêt de ces petites missives que j'entreprends de vous envoyer pour vous venir en aide.Vous me semblez quelque peu, en effet, pédaler dans la semoule, comme on dit aujourd'hui.

        La prochaine fois je vous parlerai d'Adolphe Chassériau qui fut, vous le savez peut-être, le géniteur d'Isaure.

        Promenez vous bien dans Rennes, c'est une ville qui vaut le coup d'oeil.
 
                                            Eugène Amaury-Duval
 
 
 
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