PONT DE PERMEKE (1998) / Jean-Marie Flemal
 
 
Affriolantes
les premières arabesques
des mouettes à l'heure
nocturne encore où
les matines trébuchent et
où le vent de noroît
tel Dulle Griet lance
à l'assaut des ruelles
son cri muet
raie la glace de Minnewater
et s'enfuit tel un voleur
par les canaux pétrifiés
 
 
Les nonnes alignées sur le pont
bombé qui enjambe le canal
d'eaux mortes ont l'air
de dents
D'alcools bleus et d'heures fêlées
le long silence glisse mécanique
sur les revers glacés du violoniste
Chatoyantes et rousses au loin
des courbes dociles de blés
bien peignés
Des masques de porcs énigmatiques
s'échangent des œillades entendues
et sous leurs huit-reflets verdissants
l'irrémédiable sagesse éclaire la poudre des rides
morcelant un à un les plans des songes auxquels
se superposent des roulements de charrette
 
 
Le visage n'a
ni bouche ni yeux son cri
plein et rauque retentit sans s'échapper
de nul orifice
 
Entre deux remorqueurs la vie
coule sans cesse
 
Face à l'abondance des verres
la lumière danse sur les toits des serres
 
Mille et cent oiseaux apeurés
claquent frénétiques du bec
sous les rires narquois
des méduses